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samedi 15 octobre 2011

Nuit et jour de Virginia Woolf

Nuit et jour de Virginia Woolf, c'est un peu Santa Barbara : on y découvre quatre personnages confrontés à leurs sentiments qui varient sans cesse entre amour et amitié. Mary Datchet, qui travaille dans une association pour le droit de vote des femmes, est amoureuse de Ralph Denham, jeune avocat, qui est amoureux de Katherine Hilbery, qui est fiancée, sans l'aimer, à William Rodney, qui, lui, l'aime. Ouf. Au fil du roman, les couples se font et se refont, au gré des saisons.

Ce serait pourtant très réducteur de résumer le roman de Virginia Woolf ainsi. L'auteure y développe plusieurs thèmes dont :

- le mariage : une femme est-elle obligée de se marier, même sans amour, à la différence des hommes qui peuvent vivre seuls ? Katherine Hilbery, sans doute le personnage le plus intéressant de ce roman, est issue d'une famille aisée, petite-fille d'un grand poète et condamnée à servir le thé tous les jours dans le salon de sa mère, à qui elle apporte son aide pour la rédaction de la biographie de l'illustre grand-père. Mais Katherine rêve de tout autre chose :"Elle ne voulait épouser personne. Elle voulait partir, seule, de préférence dans une lande nordique désolée, pour étudier les mathématiques et l'astronomie.". Et parce qu'elle veut quitter la maison familiale, elle est prête à se marier  sans amour avec William Rodney, un de ses très proches amis. Le but d'une vie de femme doit-elle être obligatoirement le mariage ?

- le féminisme et la question du travail féminin : Mary Datchett travaille pour une association qui milite pour le droit de vote des femmes. Indépendante et moderne, elle fait passer son travail avant tout, même avant son amour pour Ralph Denham qui vient parfois la perturber, ce dont elle se sent très coupable. Elle est active et convaincue de la nécessité pour une femme de travailler. Elle renoncera d'ailleurs à l'amour, pour son travail et la cause qu'elle défend. Cette réflexion sur le féminisme m'est apparue peu aboutie, et donc peu convaincante. Le personnage de Mary Datchett n'est pas sympathique, trop ancré dans le réel, et peu romanesque.

Il s'agit du deuxième roman de Virginia Woolf, publié en 1919, et donc six ans avant le splendide Mrs. Dalloway. Certes, j'ai été transportée et Virginia Woolf est maitresse dans l'art de laisser vagabonder les pensées de ces personnages, mais le roman reste très classique dans sa construction et le manque d'action se ressent parfois durement. On sent très bien l'influence de Jane Austen (que j'adore) dans les relations entre les personnages, les dialogues etc. Il y a aussi de l'humour dans ce roman, notamment à travers le personnage de Mrs. Hilbery, la mère de Katherine, un peu excentrique et désinvolte. Mais Nuit et jour est avant tout mélancolique et alterne les passages de profonde tristesse, voir de désespoir, avec des moments plus gais, moins sérieux. C'est peut-être là une explication du titre, la vie qui s'écoule jour après jour, entre ombre et lumière.


Quelques extraits :

Katherine : "D'abord j'aime beaucoup William. Vous ne pouvez pas le nier. Je le connais mieux que quiconque ou presque. Mais, je l'avoue, si je l'épouse, c'est parce que - je serai très franche avec vous, vous ne devrez souffler mot à personne de ce que je vais vous dire - si je l'épouse, c'est parce que je veux me marier. Je veux avoir une maison à moi. La vie n'est plus possible chez nous. Vous, vous n'avez aucun problème, Henry ; vous pouvez faire ce que vous voulez. Moi, je dois toujours être là. Vous savez bien comment cela se passe à la maison. Vous ne seriez pas heureux non plus si vous ne faisiez rien. Ce n'est pas que je n'aie pas le temps - c'est l'atmosphère."

Mary : - "Je pensais à Katherine. Il y a quelque chose qu'elle ne comprend pas à propos du travail. Elle n' a jamais eu besoin de travailler. Elle ne sait pas ce que c'est que travailler. Moi-même, je ne l'ai su qu'assez tard. Mais c'est ce qui nous sauve, j'en suis sûre.
- Ne pensez-vous pas qu'il existe autre chose que le travail ? demanda-t-il hésitant.
- Rien sur quoi l'on puisse compter, répondit-elle. [...] Que serais-je devenue si je n'étais pas obligée d'aller au bureau tous les matins ? Des milliers de personnes vous diront la même chose - des milliers de femmes. C'est le travail qui m' sauvée, Ralph, pas autre chose."

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres...", organisé par Calypso du blog "Aperto Libro". 

jeudi 1 septembre 2011

Un peu de soleil dans l'eau froide de Françoise Sagan

Gilles a tout pour être heureux. Journaliste à Paris, il a trente-cinq ans, il est beau, sa maitresse est une jeune mannequin et il passe ses soirées à faire la fête avec ses amis. Pourtant, il est en pleine dépression et refuse de le reconnaître. Jusqu'au jour où il "pète les plombs" et part se ressourcer loin de  la vie trépidante à Paris, chez sa sœur dans le Limousin. Il y rencontre la très séduisante Nathalie Silvener qui, bien que mariée, va tomber folle amoureuse de lui, jusqu'à remettre en cause sa propre vie...

Au début du roman, je n'ai pas du tout accroché avec le personnage de Gilles, trop fier, qui refuse d'admettre sa dépression, et qui en devient méchant avec ses amis, sa maitresse, sa sœur. Puis vient Nathalie, cette femme absolue, qui se jette à corps perdu dans cet amour, au point d'abandonner son mari et sa vie tranquille en province. Cette vision de l'amour, un peu trop romanesque à mon goût, ne m'a pas emballée et peu convaincue : "Quant à Nathalie Silvener, elle l'aima dès qu'elle le vit."

On se laisse facilement envahir par la "petite musique" de Sagan, qui là encore propose un beau portrait de femme, qui mérite bien plus que le pauvre Gilles. Nathalie est trop entière, trop parfaite, à tel point qu'elle en est presque irréelle. Peut-être aussi parce qu'on suit l'histoire du point de vue de Gilles, et non de Nathalie, dont on sait finalement peu de choses, tant Gilles se complait à occuper le devant de la "scène". Au final, je n'ai pas été tout à fait convaincue par ce roman, qui se lit sans passion, sauf à la fin, mais trop tard.

Extraits :

Elle lui sourit et il resta, figé, une minute devant ce sourire. C'était maintenant, tout de suite, qu'il devait arrêter les choses, s'il le fallait. Et il le fallait : il était incapable d'aimer qui que ce soit dans la simple mesure où il était incapable de s'aimer lui-même. Il ne pourrait que la faire souffrir. Il lui aurait suffi d'une plaisanterie un peu grossière sans doute, de quelque chose qui la poussât à la mépriser. Mais déjà celui lui répugnait et le sourire appuyé, sincère et plein de promesses qu'elle lui adressait lui faisait peur.

Il alluma une cigarette, se mit à rire et, tout à coup, se fit horreur. Pour qui se prenait-il ? Quel était ce rôle de Parisien blasé en vacances, cynique et désinvolte ? Où avait-il trouvé cette image d'Epinal du séducteur ? Il s'appuya à un arbre, une seconde. Ah, il fallait qu'il parte, qu'il disparaisse, qu'il laisse cette femme à sa vie. Elle était trop bien pour lui, trop entière pour le malheureux dégénéré, comédien et tricheur qu'il était devenu.

Lu dans le cadre du challenge Françoise Sagan proposé par George et Delphine et du challenge Un mot, des titres (session "Soleil") de Aperto libro.


Allez lire le super avis de Moka du blog Au milieu des livres...

vendredi 15 juillet 2011

Les Yeux bleus cheveux noirs de Marguerite Duras

Lors d'une soirée d'été, un homme "élégant, mince et grand", aperçoit, dans le hall d'un hôtel, un jeune étranger qui a "le teint blanc des amants. Les cheveux noirs.". Ce dernier rejoint une femme, les cheveux noirs aussi. Tous deux disparaissent sur la plage, sous les yeux de l'homme, qui se met à pleurer "comme les gens désespérés dans le cinéma triste". Plus tard dans la soirée, cet homme retrouve dans un café la même jeune femme, sans la reconnaître. Il lui propose de la payer pour qu'elle vienne chez lui, dormir à ses côtés mais sans la toucher. Elle accepte et chaque soir à la même heure, vient se coucher auprès de l'homme. Dans cette chambre, tous deux vont pleurer le même homme, celui qu'elle a aimé quelques temps, celui qu'il a aimé en un instant fugace.

Les yeux bleus cheveux noirs, publié en 1986 aux éditions de Minuit, est une adaptation théâtrale de La Maladie de la mort, paru en 1982. Comme une pièce de théâtre, il est parsemé d'indications scéniques, dans lesquelles des acteurs lisent le texte, regardent tour à tour les deux héros et le public. L'action se déroule principalement dans une chambre, dans la maison de l'homme, où trône un lit, dans lequel les héros passeront plusieurs nuits à dormir, parler, se regarder... Dans ce huis-clos, deux solitudes se rencontrent et remplissent la scène de leur désespoir, leurs cris, leurs états-d'âme, leurs caresses sensuelles.

"La salle serait dans le noir, dirait l'acteur. La pièce commencerait sans cesse. A chaque phrase, à chaque mot.
Les acteurs pourraient ne pas être des acteurs de théâtre. Ils devraient toujours lire le livre à voix haute et claire, se tenir de toutes leurs forces exempts de toute mémoire de l'avoir jamais lu, dans la conviction de n'en connaître rien, et cela chaque soir.
Les deux héros de l'histoire occuperaient la place centrale de la scène près de la rampe. Il ferait toujours une lumière indécise, sauf à cet endroit du lieu des héros où la lumière serait violente et égale. Autour, les formes vêtues de blanc qui tournent." (p.49-50)

Il est question de trois personnages : l'homme, la femme et l'étranger aux yeux bleus et cheveux noirs. Depuis qu'il l'a aperçu, l'homme se consume de désir pour le jeune étranger et retrouve chez la jeune femme, les mêmes yeux. Mais il est incapable de la désirer, incapable de désirer une femme. Alors, elle se désespère d'amour et se donne à un autre homme la journée. De retour dans la chambre, elle raconte à celui qu'elle désire, les jouissances que lui a procurées cet autre homme. Au delà du désir que tous deux partagent pour le jeune étranger, c'est aussi l'histoire d'un amour impossible entre cet homme et cette femme, d'un désir contraire à la nature de l'homme qui n'aime pas les femmes.

"Je suis allé le chercher sur la plage, je ne savais plus ce que je faisais. Puis je suis revenu dans le parc. J'ai attendu l'arrivée de la nuit. Je suis parti quand on a éteint le hall. Je suis allé à ce café au bord de la mer. D'habitude nos histoires sont courtes, je n'ai jamais connu ça. L'image est là - il montre sa tête, son cœur -, fixe. Je me suis enfermé avec vous dans cette maison pour ne pas l'oublier. Maintenant vous savez la vérité." (p.36)

J'ai bien aimé l'écriture de Marguerite Duras, très particulière. Au premier abord, elle paraît très simple, avec ses petites phrases successives. J'avais peur d'être lassée par ses "il dit ça, il fait ça, il demande ça" etc. Mais, la beauté du texte se révèle dans certains paragraphes, où la sonorité accompagne les images avec volupté. La force du texte se situe dans les mots de Duras, dans les lignes sur lesquelles on s'arrête, celles que l'on relit à haute voix pour en saisir toute la poésie. Plus qu'un texte, c'est une voix que Duras donne à entendre.

"Elle est dans l'ombre, séparée de la lumière. Le lustre gainé de noir n'éclaire que l'endroit des corps. L'ombre du lustre fait les ombres différentes. Le bleu des yeux et le blanc des draps, le bleu du bandeau et la pâleur de la peau se sont couverts de l'ombre de la chambre, celle du vert des plantes du fond des mers. Elle est là, mélangée avec les couleurs, et l'ombre, toujours triste de quelque mal qu'elle ne sait pas. Née comme ça. Avec ce bleu dans les yeux. Cette beauté." (p.48)

En parallèle de ce texte, j'ai lu La pute de la côte normande,  également publié en 1986. C'est un texte très court dans lequel Marguerite Duras explique comment elle a écrit Les yeux bleus cheveux noirs, durant l'été à Trouville, en compagnie de Yann Andréa (à qui elle a dédicacé son livre). Duras peine à écrire l'adaptation théâtrale de La Maladie de la mort qu'on lui a demandée, mais est prise durant l'été 1986, d'une frénésie d'écriture, rythmée par les cris et les disputes avec son amant et assistant Yann.

"C'est l'été 1986. J'écris l'histoire. Pendant tout l'été, chaque jour, quelquefois le soir, quelquefois la nuit. C'est à cette époque-là que Yann entre dans une période de cris, de hurlements. Il tape le livre à la machine, deux heures par jour. Dans le livre, j'ai dix-huit ans, j'aime un homme qui hait mon désir. Yann tape sous dictée. Tandis qu'il tape, il ne crie pas." (La pute de la côte normande, p. 10-11).



 









mercredi 8 juin 2011

[Challenge Un mot, des titres ] : J'y participe !

Calyspo, du blog Aperto libro, vient de lancer un nouveau challenge très original !

Le principe est simple : il s'agit de lire un livre dont le titre comporte un mot imposé, d'abord par Calypso, ensuite par tirage au sort parmi les mots proposés par l'ensemble des participants. Le challenge a commencé le mercredi 1er juin avec le premier mot imposé. Les participants ont un mois et demi pour lire le livre qu'ils auront choisi.


Le premier mot imposé est : BLEU. Après quelques recherches, j'ai choisi de lire : Les Yeux bleus, cheveux noirs de Marguerite Duras.

La première session se termine le 15 juillet 2011 et les critiques seront publiées ce jour-là.

J'ai hâte de connaître les prochains mots imposés, de voir s'ils correspondent par hasard à un titre déjà présent dans mes livres à lire, ou de faire des recherches pour trouver celui qui me plaira et dans le genre qui me tentera.

Plus d'informations ici et inscription ici pour la session 1.