mercredi 29 juin 2011

Aimez-vous Brahms... de Françoise Sagan

Dans Aimez-vous Brahms, la vie de Paule, décoratrice à l'aube de la quarantaine, tourne autour de son amant. Mais, Roger, qui aime "faire le jeune homme", n'hésite pas à la délaisser pour d'autres maitresses. Souvent Paule se retrouve seule, à attendre son coup de fil en espérant qu'il ne décommandera pas, encore et encore, un de leurs diners. Paule rencontre  alors Simon, jeune homme de vingt cinq ans, qui tombe fou amoureux d'elle et se donne pour mission de la rendre heureuse et de la combler. Paule parviendra-t-elle à oublier Roger et à refaire sa vie avec Simon, au mépris des conventions sociales ? Roger laissera-t-il partir Paule, celle qu'il aime et vers qui toujours il revient ? 

C'est avec des mots très justes que Françoise Sagan dresse le portrait d'une femme, enracinée dans la solitude et arrivée à un âge où elle se remet en question. Paule est prise dans la tourmente de ses sentiments et de son désir absolu de bonheur. Touchée par la jeunesse, la fraîcheur de Simon et l'amour inconditionné qu'il lui porte, elle ne parvient pas à oublier les valeurs sûres que représente Roger. Si elle aime les regards envieux que lui jettent les femmes quand elle est aux bras de Roger, elle craint les qu'en dira-t-on sur sa liaison avec Simon, plus jeune qu'elle. Elle aime Roger et surtout, elle a l'habitude de lui, de son amour mais aussi de ses absences. Terrifiée à l'idée de se lancer dans une nouvelle relation qui chamboulerait toute sa vie,  elle hésite, recule, se lance, revient en arrière... Elle est presque impuissante, comme prisonnière de Roger et de sa vie.

Françoise Sagan sait parfaitement évoquer les émotions et pensées d'une femme, qui pourraient être celles de n'importe quelle femme qui voit lui échapper sa jeunesse, qui se sent vieillir sans pouvoir rien y faire. C'est le portrait d'une solitude déchirante et universelle. C'est pourquoi j'ai eu une impression de déjà-vu (ou déjà-lu) avec ce texte de Sagan, comme si l'histoire de cette femme, de son hésitation entre un homme jeune et un homme mûr, avait déjà été écrite bien des fois. Un beau texte donc, mais sans surprise.

Quelques extraits : 

"Paule contemplait son visage dans la glace et en détaillait les défaites accumulées en trente-neuf ans, une par une, non point avec l'affolement, l'acrimonie coutumiers en ce cas, mais avec une tranquillité à peine attentive. Comme si la peau tiède, que ses deux doigts tendaient parfois pour souligner une ride, pour faire ressortir une ombre, eût été à quelqu'un d'autre, à une autre Paule passionnément préoccupée de sa beauté et passant difficilement du rang de jeune femme au rang de femme jeune : une femme qu'elle reconnaissait à peine. Elle s'était mise devant ce miroir pour tuer le temps et - cette idée la fit sourire - elle découvrait que c'était lui qui la tuait à petit feu, doucement, s'attaquant à une apparence qu'elle savait avoir été aimée."(p.9)

"Elle n'avait envie de rien. Et elle avait peur de rester seule deux jours. Elle haïssait ces dimanches de femme seule : les livres lus au lit, le plus tard possible, un cinéma encombré, peut-être un cocktail avec quelqu'un ou un dîner et, enfin, au retour, ce lit défait, cette impression de n'avoir pas vécu une seconde depuis le matin." (p.42)

"Les hommes sont inconscients, pensait Paule sans amertume. "J'ai tellement confiance en toi", tellement confiance en toi que je peux te tromper, te laisser seule, et qu'il n'est pas possible que le contraire arrive. C'est sublime." (p.59)

Les extraits sont tirés de l'édition Pocket. Aimez-vous Brahms... de Françoise Sagan a été publié pour la première en 1959 aux éditions Julliard.
Le roman a été adapté au cinéma par Anatole Litvak avec Ingrid Bergman (Paul), Yves Montand (Roger) et Anthony Perkins (Philip/Simon). Je ne l'ai jamais vu mais j'aimerais bien !

Lu dans le cadre du challenge Françoise Sagan organisé par Delphine et George.

9 commentaires:

  1. Oui, c'est vrai qu'il n'y a pas de surprise dans ce texte comme tu le dis. Parce que les choses ont heureusement évolué aujourd'hui et que ce que nous raconte Sagan de cette femme nous semble un peu daté. Enfin, ça a évolué - un peu - pour les femmes (on n'est pas vieille à 35 ans, ouf pour moi..), mais ce qu'elle nous dit des hommes reste assez d'actualité...

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  2. Je ne l'ai pas lu celui-ci mais les thèmes abordés sont souvent récurrents chez elle et même si ils ont déjà été traités, elle garde toujours un ton bien à elle , sa fameuse "petite musique", qui va de pair avec son époque pas si loin de la nôtre mais où les rapports homme-femme ont évolué malgré tout !! Quoi queuuu :)

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  3. Oui c'est vrai, c'est un peu daté, mais tellement bien décrit.
    J'ai lu aussi qu'elle reprenait souvent le thème du triangle amoureux...

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  4. je découvre Sagan avec ce roman, j'ai adoré son style
    et m'empresse de lire le suivant, Dans un mois, dans un an

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  5. Dommage que personne n'ai pensé à expliciter le titre

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  7. F. Sagan, elle même, avait dit qu' elle avait choisi le nom du livre en utilisant la forme de parler des jeunes, et elle avait mis "Brahms" et pas d'autre par le son et la phonetique

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    1. Merci pour cette anecdote, je ne savais pas !

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  8. J'ai fait un article sur le film adapté du livre de Sagan, si tu veux passer :)
    https://franzetlouise.wordpress.com/2015/05/01/goodbye-again/

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