jeudi 8 septembre 2011

Une odeur de gingembre d'Oswald Wynd

Mary McKenzie est une jeune écossaise envoyée en Chine pour épouser, Richard Collingworth, attaché militaire. Après une longue et pénible traversée en bateau, elle découvre un pays inconnu, ses mœurs et ses coutumes bien différentes de celles de son pays natal, mais reste confinée dans un petit cercle de diplomates et leurs femmes. C'est alors qu'elle rencontre Kentaro, un officier japonais de qui elle va tomber follement amoureuse. Enceinte, elle est contrainte à fuir au Japon, où elle s'établit et se construit une nouvelle vie...

Quand on lit un avis aussi élogieux sur un livre, on a forcément très envie de le lire, mais aussi, pour ma part, un peu peur d'être déçu. C'est donc avec une certaine appréhension que j'ai ouvert cet été Une Odeur de Gingembre... J'ai trouvé le début un peu long : l'auteur y raconte le voyage en bateau jusqu'en Chine avec beaucoup de détails, peut-être un peu trop, d'autant plus que l'on y croise des personnages que l'on ne revoit plus du tout dans la suite du récit. 

Mais dès que Mary McKenzie pose les pieds en Chine, j'ai été conquise. Avec elle, je découvre le pays, les coutumes, l'époque (début du XXe siècle). Peu à peu, Mary, confrontée à la misère du pays, prend ses distances avec le cercle des riches diplomates. Quand elle rencontre Kentaro, tout bascule et elle est amenée à reconstruire sa vie, à se reconstruire elle-même. Au Japon, elle grandit, devient critique vis-à-vis de ses compatriotes, cherche véritablement à s'intégrer dans ce pays, en apprenant à l'aimer, le comprendre et le respecter. C'est un véritable roman initiatique que nous offre Oswald Wynd, où la jeune fille, devient femme puis mère. Le contact avec la civilisation japonaise l'enrichit et font d'elle une femme accomplie, indépendante. Elle est confrontée à de terribles épreuves qui vont l'endurcir et faire d'elle une femme libérée de son éducation petite bourgeoise, libérée des hommes. 

Le roman regroupe le cahier rédigé par Mary, où elle y consigne les événements marquants de ses journées, et des lettres qu'elle envoie à sa mère et ses amies. J'ai aimé cette forme de journal épistolaire, qui nous met au plus près des pensées de l'héroïne. Se déroulant sur une longue période, il permet de comprendre au mieux son évolution.

Je ne peux que conseiller la lecture de ce formidable roman (merci George pour la découverte) qui offre un magnifique portrait d'une femme qui a le courage de s'affranchir des préjugés et de devenir maitresse de son destin. 

Extrait : 

Eh bien, me voilà en Chine pour la première fois, étant donné que Hong Kong n'est pas vraiment la Chine. Hong Kong est un bel endroit, mais ici c'est assez hideux, d'après ce que j'ai pu en voir. Mon hôtel est dans la concession française. Je n'avais jamais entendu parler des concessions et c'est le vice-consul, venu à ma rencontre, qui m'a expliqué de quoi il s'agissait. Apparemment, les grandes puissances ont pris des morceaux de Chine et y ont établi leurs propres lois, les autochtones ne pouvant y pénétrer que comme des étrangers, ce qui semble assez bizarre.  Tous les bâtiments que je vois de ma fenêtre sont européens, et à part les pousse-pousse et ces Chinois que l'on voit dans les rues, je n'ai pas du  tout l'impression d'être en Orient. Une petite rivière coule devant la ville, très sale et très encombrée d'embarcations. Des pauvres gens vivent dans des bateaux le long des berges, avec leurs familles, leurs chiens et leurs chats. Ils font la cuisine en plein air et par ce froid, sur des braseros. Mme Brinkhill m'avait dit de m'attendre à voir une très grande misère en Chine, et avait ajouté que je m'y habituerais. 

Sur l'auteur : Oswald Wynd (1913-1998) est un écrivain écossais, qui est né et a grandi au Japon.

lundi 5 septembre 2011

Les Matchs de la rentrée littéraire - PriceMinister : j'y participe !


De quoi s'agit-il ? 

En échange d'une critique publié sur votre blog avant le 1er novembre 2011, PriceMinister vous envoie le livre de votre choix parmi une sélection de douze titres de la rentrée littéraire à découvrir ici.

Pour ma part, j'ai choisi 1Q84 de Haruki Murakami, et cela n'a pas été très difficile, car après avoir lu cet été La Ballade de l'impossible, j'avais hâte de découvrir d'autres textes de Murakami.

Si vous souhaitez vous inscrire, rendez-vous sur le blog de PriceMinister pour les détails de l'opération.

Bonus : Après vous être inscrit, vous pouvez parrainer l'inscription d'un ami blogueur et recevoir un deuxième livre.

jeudi 1 septembre 2011

Un peu de soleil dans l'eau froide de Françoise Sagan

Gilles a tout pour être heureux. Journaliste à Paris, il a trente-cinq ans, il est beau, sa maitresse est une jeune mannequin et il passe ses soirées à faire la fête avec ses amis. Pourtant, il est en pleine dépression et refuse de le reconnaître. Jusqu'au jour où il "pète les plombs" et part se ressourcer loin de  la vie trépidante à Paris, chez sa sœur dans le Limousin. Il y rencontre la très séduisante Nathalie Silvener qui, bien que mariée, va tomber folle amoureuse de lui, jusqu'à remettre en cause sa propre vie...

Au début du roman, je n'ai pas du tout accroché avec le personnage de Gilles, trop fier, qui refuse d'admettre sa dépression, et qui en devient méchant avec ses amis, sa maitresse, sa sœur. Puis vient Nathalie, cette femme absolue, qui se jette à corps perdu dans cet amour, au point d'abandonner son mari et sa vie tranquille en province. Cette vision de l'amour, un peu trop romanesque à mon goût, ne m'a pas emballée et peu convaincue : "Quant à Nathalie Silvener, elle l'aima dès qu'elle le vit."

On se laisse facilement envahir par la "petite musique" de Sagan, qui là encore propose un beau portrait de femme, qui mérite bien plus que le pauvre Gilles. Nathalie est trop entière, trop parfaite, à tel point qu'elle en est presque irréelle. Peut-être aussi parce qu'on suit l'histoire du point de vue de Gilles, et non de Nathalie, dont on sait finalement peu de choses, tant Gilles se complait à occuper le devant de la "scène". Au final, je n'ai pas été tout à fait convaincue par ce roman, qui se lit sans passion, sauf à la fin, mais trop tard.

Extraits :

Elle lui sourit et il resta, figé, une minute devant ce sourire. C'était maintenant, tout de suite, qu'il devait arrêter les choses, s'il le fallait. Et il le fallait : il était incapable d'aimer qui que ce soit dans la simple mesure où il était incapable de s'aimer lui-même. Il ne pourrait que la faire souffrir. Il lui aurait suffi d'une plaisanterie un peu grossière sans doute, de quelque chose qui la poussât à la mépriser. Mais déjà celui lui répugnait et le sourire appuyé, sincère et plein de promesses qu'elle lui adressait lui faisait peur.

Il alluma une cigarette, se mit à rire et, tout à coup, se fit horreur. Pour qui se prenait-il ? Quel était ce rôle de Parisien blasé en vacances, cynique et désinvolte ? Où avait-il trouvé cette image d'Epinal du séducteur ? Il s'appuya à un arbre, une seconde. Ah, il fallait qu'il parte, qu'il disparaisse, qu'il laisse cette femme à sa vie. Elle était trop bien pour lui, trop entière pour le malheureux dégénéré, comédien et tricheur qu'il était devenu.

Lu dans le cadre du challenge Françoise Sagan proposé par George et Delphine et du challenge Un mot, des titres (session "Soleil") de Aperto libro.


Allez lire le super avis de Moka du blog Au milieu des livres...