lundi 12 décembre 2011

Le quai de Ouistreham : reportage de Florence Aubenas

En 2009, Florence Aubenas, journaliste, décide de se mettre dans la peau d'une demandeuse d'emploi et de vivre au quotidien l'enfer des emplois précaires. Incognito, Florence Aubenas s'est installée dans une chambre meublée à Caen et s'est inscrite à Pôle emploi. Sa seule limite : arrêter le jour où on lui propose un CDI. Le quai de Ouistreham raconte sa quête qui a duré presque six mois.

Ce livre n'est pas un roman, mais un reportage : les situations et les personnages sont réels. L'écriture de Florence Aubenas est pourtant romancée, et agréable à lire : il y a peu ou pas d'analyse sur le chômage et sur la "crise" de 2009, mais des faits concrets dans la vie de demandeurs d'emplois que l'on entend et que l'on voit peu habituellement. Comme Florence Aubenas, on est immergés dans la quête d'un emploi, les rendez-vous à Pôle emploi, les ateliers "Rédiger un CV", les stages "propreté" et surtout les ménages dans les bureaux et sur le ferry de Ouistreham. On y découvre la solidarité, le courage et l'entraide, mais aussi la mesquinerie et la méchanceté. On y trouve également des éléments intéressants sur l'histoire du syndicalisme et des fermetures de grandes entreprises françaises en Normandie (Société Métallurgique de Normandie, Moulinex...)., ce qui rajoute un contexte important à l'histoire des personnes que Florence Aubenas rencontre.
 
Parfois un peu brouillon, il m'est arrivé de me perdre dans la masse d'hommes, et surtout de femmes, que Florence Aubenas rencontre et dont elle trace un rapide portrait (sous couvert d'anonymat). J'ai aimé trouvé dans ce texte un témoignage de la précarité et non pas une analyse détaillée du chômage en France. Même si Le quai de Oustreham n'apporte rien de nouveau à ce que l'on connaît, ou que l'on imagine, c'est un document social qui laisse un arrière-goût amer d'injustice et une envie de révolte.

Un extrait :

Quand les gens du ménage parlent de cette quête du travail, tous disent la même chose. Le pire, c'est cette première fois, ou plutôt ces premières fois, se lever dans la ville endormie, rouler la nuit vers des endroits inconnus en se demandant où on va tomber. Ce serait exagérer de parler de peur, un pincement plutôt, qui vient s'ajouter à ce fond de fatigue, impossible à résorber. On tient aux nerfs et à l'espoir, celui d'arriver enfin quelque part, mais le but paraît toujours plus lointain.

Merci aux éditions Points et à Libfly pour l'opération "Un poche, un mordu, une critique" ! 
 

3 commentaires:

  1. Je me souviens de cette lecture comme un choc.
    Moi j'avais appris beaucoup, peut-être ai-je la chance d'être dans une bulle, mais il y a des duretés que je n'imaginais même pas!
    ET plus d'un an plus tard, j'y pense encore souvent.
    Un livre qui a vraiment changé mon regard sur pas mal de choses.

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  2. On entend pas mal de choses dans les médias sur Pôle emploi et leurs dérives, et on retrouve ces éléments dans le livre de Florence Aubenas. Ce que j'ai aimé, c'est qu'elle donne un peu de voix aux demandeurs d'emploi !

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  3. Je l'ai lu récemment et j'ai apprécié ce témoignage.

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