jeudi 3 septembre 2015

La septième fonction du langage de Laurent Binet

Le 25 février 1980, Roland Barthes est renversé par une camionnette en plein Paris. Hospitalisé, il décède un mois après. Le commissaire Jacques Bayard est persuadé qu'il s'agit d'un assassinat. Accompagné de Simon Herzog, un jeune enseignant-chercheur en sémiologie qui va jouer le rôle de décodeur auprès de Bayard, il poursuit son enquête qui le mène sur la trace d'une mystérieuse septième fonction du langage, convoitée par de célèbres intellectuels et politiques qui y voient l'occasion de s'assurer un grand pouvoir.

Il ne m'est pas très aisé de parler de ce roman admirablement bien construit et bourré d'idées, qui partent parfois dans tous les sens, et qui alterne allègrement des passages jouissifs où les pages s'enchaînent à toute vitesse avec des moments assez complexes où l'on parle philosophie, langage, sémiologie et où la lecture est sensiblement ralentie. Mais, rassurez-vous, La septième fonction du langage n'est absolument pas un roman pédant et intellectuel auquel on ne comprend rien, et l'auteur est assez pédagogue pour nous expliquer à renfort d'exemples concrets et de démonstrations les termes les plus obscurs de son sujet.

Laurent Binet nous plonge dans le milieu intellectuel et politique des années 1980. Il utilise à la fois des faits réels (mort de Barthes par exemple) et les utilisent pour construire un roman en les mêlant de fiction. C'est assez drôle de croiser intimement dans son roman des personnalités connues comme Mitterrand, Giscard, Jack Lang et autres hommes politiques, mais aussi Barthes évidemment, Derrida, Deleuze, Foucault, BHL, Julia Kristeva, Philippe Sollers, Umberto Eco etc. L'auteur prend plaisir à moquer gentiment les travers des uns et des autres, et ce plaisir est partagé par le lecteur. Les intellectuels, à la fois amis et rivaux, sont obnubilés par leurs  incessantes querelles, qui nous semblent bien dérisoires. Également plongés dans les coulisses du pouvoir politique, on y découvre les nombreux coups tordus et manigances des uns et des autres.

Au milieu de tout ça, Simon et Bayard forment un couple de héros romanesques très hétérogène : un jeune et timide enseignant politiquement à gauche contre un policier plus âgé et bourru, de droite forcément. Leur relation et leur état d'esprit évoluent au fur et à mesure de leurs aventures, qui les mènent de Paris à Venise, en passant par Bologne et Ithaca (États-Unis), et les font traverser, entre autres, un hammam homosexuel, un mystérieux club de rhétorique, un colloque universitaire et des souffleries de verre à Murano. Bref, on ne s'ennuie pas une seconde dans cet univers riche et varié !

Laurent Binet a réussi un grand coup de maitre en écrivant un bon roman à la fois policier, érudit et très drôle auquel il faut parfois s'accrocher mais qui vaut largement la peine qu'on se perde un peu dans les méandres de la linguistique et de la sémiologie.

Ce roman vient d'être récompensé par le Prix Roman Fnac et c'est largement mérité !


J'ai dévoré ce roman dans le cadre de l'opération Explolecteurs de www.lecteurs.com.


4 commentaires:

  1. A la base, le livre ne me tentait pas ouvre mesure, mais hier, j'ai vu l'auteur dans La Grande Librairie, et maintenant, je veux le lire. Et là, j'avoue que tu en remets une couche, hihi :) Merci

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    1. De rien ! Moi non plus je n'étais pas trop tentée par la 4e de couverture, ça a été une très belle surprise !

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