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mardi 6 septembre 2016

La Rage de Zygmunt Miloszewski

Teodore Szacki est procureur à Olstyn, une petite ville polonaise réputée pour ses onze lacs, mais vraisemblablement pas pour son beau temps et sa chaleur. Après avoir vécu et travaillé à Varsovie, la différence est grande pour Szacki ! Il vit maintenant avec Zenia, sa compagne, et sa fille Hela, issue d'un premier mariage. Leurs relations sont un peu compliquées, autant dire que la vie à la maison n'est pas de tout repos ! Alors qu'au travail, c'est plutôt calme... jusqu'à la découverte d'un squelette que l'on croit être celui d'un Allemand oublié à la fin de la guerre. Une véritable enquête démarre pour Teodore Szacki, une enquête qui l'emmènera bien au-delà de ce qu'il pensait !
 
Le début de l'histoire est un peu lent, et l'intrigue longue à démarrer, mais petit à petit le suspense monte quand on découvre les différents éléments de l'histoire. Il y a parfois de longues descriptions mais on en apprend un peu sur l'histoire et la vie quotidienne en Pologne. Mais ce qui m'a le plus plu dans cette histoire, c'est le personnage de Teodore Szacki : un procureur intransigeant, intègre, qui ne perd pas son temps dans les bonnes manières et les discussions futiles. Pourtant, il est parfois envahi d'une certaine lassitude, voire de rage, devant sa hiérarchie, les lourdeurs administratives et parfois même envers ses compatriotes. C'est le premier roman de Zygmunt Miloszewski que je lis, mais il s'agit du troisième avec Teodore Szacki. Même s'il peut se lire indépendamment des premiers, j'ai bien envie d'en savoir plus sur ce personnage !

mardi 12 avril 2016

Un souffle une ombre de Christian Carayon

Été 1980, quatre adolescents partent camper sur un îlot au milieu du lac de Basse-Misère dans le sud du Massif Central. Le lendemain matin, on retrouve trois cadavres et une survivante choquée et incapable de se souvenir du drame. 
Trente quatre ans plus tard, Marc-Édouard, le narrateur, à l'époque collégien marqué par le massacre et aujourd'hui professeur d'histoire à Toulouse, n'a jamais pu oublier Basse-Misère. Afin de plonger dans ses pires cauchemars, il entreprend de recommencer l'enquête, comme une thérapie pour exorciser ses peurs les plus profondes.

Marc-Édouard est un professeur d'histoire contemporaine qui a eu son moment de gloire lors de la publication de son ouvrage sur l'homosexualité et la guerre. Mais, les jalousies et convoitises du milieu universitaire l'ont rapidement fait passer au statut de professeur moqué et de second plan. Il n'a pas su se défendre face aux critiques car Marc-Édouard est quelqu'un de profondément angoissé, marqué par la peur depuis son adolescence. Je dois avouer que je ne me suis pas tout de suite attachée au personnage. Pour lui, l'origine de cette peur, c'est le massacre de Basse-Misère. Sur les conseils d'un thérapeute, il entreprend de raconter l'histoire de Basse-Misère et le lent mais inexorable déclin de la région touchée, autant que lui, par le drame. 

Le lecteur est totalement plongé dans la tête de Marc-Édouard et de son long travail introspectif sur son enfance, son travail, ses relations avec les autres. J'ai trouvé le début de ce roman assez lent et il m'a fallu du temps pour y entrer vraiment. Le narrateur entreprend un vrai travail d'historien ou de journaliste, à la recherche des sources, et son enquête fourmille de détails. Le massacre ayant lieu trente quatre ans plus tôt, ne vous attendez pas à un suspense de fou et à des fins de chapitre qui vous tiennent en haleine. Non, Un souffle une ombre n'est pas un thriller ordinaire, on a affaire à quelque chose de plus complexe, de plus profond, et le parallèle entre la vie de l'auteur et le drame de Basse-Misère m'a convaincue. Les derniers chapitres prennent quand même une tournure plus classique de thriller et la surprise est là et rondement bien menée par l'auteur.

mercredi 9 mars 2016

Ce qu'il nous faut, c'est un mort d'Hervé Commère

La nuit de la victoire de la France à la Coupe du Monde 1998, trois garçons percutent avec leur voiture une jeune fille la laissant handicapée à vie. Un autre jeune homme rencontre l'amour de sa vie en boite de nuit, pendant qu'une jeune fille se fait violer chez elle. Des destins qui se nouent, qui se brisent et qui se retrouveront vingt ans plus tard, à Vrainville en Normandie, le berceau des usines de lingerie Cybelle, qui font vivre la petite ville en employant les femmes du coin, mais qui sont aujourd'hui menacées de fermeture et de délocalisation, dans l'indifférence totale.

Si vous vous attendez à un polar pur et dur, vous serez déçus ! Ce qu'il nous faut, c'est un mort est à la fois un roman au suspense bien mené et la formidable chronique d'une entreprise sur trois générations, de sa création à sa crise. J'ai tout de suite été emballée par cette histoire sociale ancrée dans la réalité d'aujourd'hui, par les idéaux de Gaston Lecourt, créateur et patron des ateliers Cybelle, et du lent mais inexorable délitement de son entreprise par son fils et petit-fils.

On suit également le destin de trois amis, qui s'éloignent et cherchent à se reconstruire, chacun à leur manière, après le terrible accident et leur fuite. Tous les personnages présents dans ce roman sont décrits et analysés avec beaucoup de détails sur le passé et leur présent et les relations entre eux sont brossées avec justesse. C'est ce qui fait la profondeur du roman et l'auteur s'attache à rendre ses personnages crédibles et attachants. Je vous le conseille vivement !

lundi 7 mars 2016

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit de Celeste Ng

En mai 1977, Lydia Lee est retrouvée morte, noyée au fond d'un lac, à seize ans. Sa famille est anéantie. S'agit-il d'un accident, d'un meurtre ou bien d'un suicide ? Tout ce qu'on se s'est jamais dit est l'histoire d'une famille, heureuse en apparence, qui va devoir plonger dans son passé et ses secrets afin de découvrir la vérité.

Résumé ainsi, on s'attend à un thriller, un roman à suspense, peut-être une sombre histoire d'enlèvement et de séquestration. Bien sûr, Tout ce qu'on ne s'est jamais dit est un roman au suspense impeccable du début à la fin. Mais, c'est aussi bien plus que cela : c'est aussi un roman social qui évoque la mécanique d'une famille hantée par ses racines et son origine au sein d'une époque, les années 60-70, et d'un pays, les États-Unis.
Marilyn, la mère de Lydia, voulait être médecin, malgré une époque et une mère qui ne comprenaient pas qu'on puisse être autre chose qu'une femme au foyer, mais a abandonné ses études à son mariage. James, le père, est le fils de Chinois qui ont émigré aux États-Unis, et qui a toute sa vie essayer de s'intégrer au maximum, en gommant son accent et en enseignant l'histoire des cow-boys à l'université, en vain car son physique rappelait toujours aux yeux des autres sa différence. C'est aussi ceux que ressentent leurs enfants, Nath l'aîné, Lydia et Hannah la petite dernière. 

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit est aussi un roman psychologique sur les émotions d'une adolescente qui porte sur elle tous les espoirs de ses parents. Marilyn reporte sur Lydia son désir insatisfait en la poussant à étudier dur et sans relâche les sciences dures. Quant à James, il souhaite plus que tout que sa fille s'intègre et soit populaire et entourée d'amis. Aucun des deux ne se rendent pas compte du fardeau qu'ils imposent à leur fille, jusqu'au terrible drame.
Voici ce que j'ai aimé dans ce roman : sa complexité, la profondeur des personnages et de leur histoire. On n'est pas seulement dans le roman à suspense mais au-delà. Il s'agit d'un roman envoûtant, le premier de Celeste Ng, qui ne laisse pas indifférent, qui fait réfléchir au poids du passé et de la famille sur le destin d'une adolescente ordinaire.

lundi 29 février 2016

Yesterday's gone [Tome 1] de Sean Platt et David Wright

Une nuit, à 2h15, la quasi totalité de la population mondiale disparaît. A leur réveil, ceux qui restent, et ils sont peu nombreux, constatent avec douleur la disparition de leurs proches et du monde qu'il connaissait. Yesterday's gone suit le quotidien de ces quelques rescapés qui tentent de survivre : Brent Foster, new-yorkais à la recherche de sa femme et sa fille, Charlie un jeune ado malmené par son beau-père, Luca un petit garçon aux étranges facultés, Boricio un tueur en série, et d'autres encore. Une poignée de gens divers et variés qui vont au devant de bien des aventures dans un monde nouveau où d'étranges phénomènes et terribles créatures font leur apparition.

Yesterday's gone est un exercice littéraire original et intriguant. Les auteurs ont voulu penser leur livre comme une série télé : six saisons de six épisodes, de nombreux personnages que l'on suit tour à tour, des rebondissements et cliffanghers à profusion. L'effet est réussi et la lecture devient addictive. Avec Yesterday's gone, on bascule dans un monde apocalyptique mêlant thriller et horreur. La narration, fluide et non dénuée d'humour, est donc efficace pour nous tenir en haleine avec ses rebondissements et ses intrigues variées. Mais, on se perd parfois entre tous les personnages dont on alterne les histoires, au point parfois de ne plus savoir qui est qui, et ce qu'il s'est passé quelques chapitres plus tôt. C'est l'inconvénient majeur de ce type de narration. Cela finira-t-il par devenir lassant à la longue ? Va-t-on devoir attendre comme dans une série télé le tout dernier épisode pour comprendre ce qu'il s'est passé ? En tout cas, cette lecture m'a donné l'envie de découvrir les autres épisodes de cette série phénomène, semble-t-il, aux États-Unis.