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mercredi 11 juillet 2012

La Montagne invisible de Carolina De Robertis

Petite paysanne illettrée tout juste débarquée dans la capitale, abandonnée par un mari volage, Pajarita va mettre à profit sa connaissance des plantes médicinales et un savoir hérité de ses ancêtres indiens pour devenir une guérisseuse très appréciée. Le début d'un destin hors du commun... Eva, sa fille, rêve de poésie pour mieux oublier un quotidien sordide. Violée par son patron, rejetée par Andres, son ami d'enfance dont elle est éperdument amoureuse, elle décide de tenter l'aventure en Argentine. Une aventure qui la mènera dans les plus hautes sphères du pouvoir avant de précipiter sa chute... Salomé est la fille d'Eva. Le jeune interne qui assiste à sa naissance s'appelle Ernesto Guevara. Signe du destin ? À l'âge des premiers émois, la jeune lycéenne rejoint le groupe clandestin des Tupamaros... (4e de couverture)

La Montagne invisible est le roman de trois générations de femmes : Pajarita, la grand-mère, Eva sa fille, et Salomé sa petite-fille. A travers elles, on suit l'histoire de l'Uruguay : les gauchos, la président Batle, la montée du communisme, les tupamaros... L'histoire personnelle des trois femmes est insérée dans l'Histoire, de façon jamais ennuyeuse ni obscure pour quelqu'un qui ne connaît pas du tout l'histoire uruguayenne. C'est aussi l'histoire et l'évolution d'une ville, Montevideo (Monte. Vide. Eo. Je vois une montagne, avait dit le premier Européen en découvrant cette terre.)

Mais Carolina De Robertis s'intéresse surtout aux portraits de ces trois femmes fortes, courageuses, trahies et violentées par les hommes, mais qui toujours s'en sortiront, seules, pour la survie de leur famille. 

Alors qu'elle n'est qu'un bébé, Pajarita est abandonnée par son père et pourtant, quelques années plus tard, on la retrouve au sommet d'un arbre. Plus tard, alors que son mari l'abandonne, elle subvient aux besoins de sa famille grâce à sa connaissance des plantes. Les femmes font la queue pour que Pajarita, un peu magicienne, les écoute et leur donne les plantes adéquates pour les soulager.

Eva, après avoir été violée par son patron et rejettée par son père, trouvera sa force dans la poésie jusqu'à devenir célèbre. Partie en Argentine, elle y rencontre son mari, médecin, mais toute leur famille est obligée de fuir en Uruguay, quand Eva publie un poème antipéroniste. Elle se consacre alors totalement à sa poésie, au grand dam de son mari.

Salomé, à peine âgée de quinze ans, rejoindra le mouvement des Tupamaros, force armée qui œuvre pour la libération de l'Uruguay. Elle connaîtra la violence, la torture, la prison et devra apprendre à se reconstruire.

Avec un soupçon de magie, mais surtout beaucoup de poésie, Carolina de Robertis nous embarque dans son roman sans qu'on puisse le lâcher un instant ! J'ai découvert avec beaucoup de plaisir les destins de ces trois femmes fortes, liés au destin de leurs pays. On ne rit pas beaucoup, leurs vies étant dures, mais on est emporté par leurs histoires.

Ce livre fait partie de la sélection littérature de juin pour le Prix des Lecteurs Livre de Poche !


vendredi 21 octobre 2011

Chiens Féraux de Felipe Becerra Calderón

L'histoire de Chiens Féraux se déroule dans le nord du Chili en 1980, sous la dictature de Pinochet. Le roman met en scène Carlos et sa femme Rocío. Carlos est lieutenant de police affecté dans la réserve de Huara située en plein désert et ses longues journées sont emplies d'ennui et de solitude. Rocío quant à elle, reste seule et inoccupée dans leur maison. Seule ? Pas vraiment, car elle ne cesse de voir des villageois autochtones qui fuient les "blancs", des chiens féraux (animaux domestiques retournés à l'état sauvage) et surtout elle entend des voix d'enfants dans sa tête qui la harcèlent en permanence.

Chiens Féraux est un livre déroutant, qui oscille sans cesse entre réalité et hallucinations. Au début, l'histoire est très ancrée dans le réel : Carlos passe dix heures par jour dans la réserve à noter dans un registre tout événement survenu, et il n'y en a que très peu dans ce désert. Mais, petit à petit, les choses basculent, et Carlos commence à voir une tâche sur l'horizon qui s'approche : simple effet d'optique ou élément fantastique ?

"Je l'ai vue seulement ce matin, en revenant des toilettes. Au début, ce n'était qu'une tâche à l'horizon. Pendant un moment, j'ai cru que c'était une sorte de tornade, une tempête de sable ou autre chose de ce genre. Mais là, cet après-midi, on dirait comme une bête en train de fondre. Elle a grandi et approche lentement. J'ignore quelle est sa nature et quelles sont ses intentions, mais je suis certain qu'elle s'approche, qu'elle vient de ce côté. Voilà quelques heures, j'ai chargé mon revolver. Ma main tremble. Je n'arrive pas à écrire lisiblement. Il vaudrait peut-être mieux ne pas mentionner cette tâche."

Quant à Rocío, elle est habitée dès le début par des voix d'enfants qui l'appellent Maman et veulent raconter son histoire, se faisant tour à tour aimants et violents. La nuit, elle ne parvient pas à dormir et elle semble être la seule à voir ces familles de villageois qui viennent fouiller les poubelles des blancs.

"On ne peut pas continuer comme ça. Les amis veulent connaître ton histoire. Leur confier ce qui t'est arrivé ne te fera aucun tort. Et nous, on sera soulagés. Tu vas voir, maman chérie, on ne pleurera plus, on ne va plus te griffer, la nuit, on ne cognera plus sur ta tête pour que tu t'ouvres de part en part. Tu vas voir, on sera bien sages."

Chiens Féraux (titre original : Bagual) est le premier roman de Felipe Becerra Calderón, qu'il a commencé à écrire à dix-neuf ans et qui a obtenu le prix Robert Bolaño en 2006. C'est un roman polyphonique où se croisent les pensées de Rocío, les voix qu'elle entend et l'écriture quotidienne de Carlos dans son registre, dans lequel il va trouver un certain réconfort devant la folie qui semble menacer sa femme et lui-même. J'ai aimé l'écriture de Calderón, admirablement bien rendu par les traductrices. J'ai trouvé ce roman perturbant, parfois difficile à suivre tant les personnages plongent dans le délire, mais très intense. C'est une lecture dont je suis ressortie un peu mal à l'aise, en revenant sur certains passages plusieurs fois pour bien en saisir le sens et la beauté.

Lu dans le cadre de l'opération Masse critique de Babelio, merci aux éditions Anne Carrière et à Babelio pour leur partenariat !







C'est aussi ma première participation au Challenge 1% Rentrée littéraire 2011 organisé par Hérisson !