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vendredi 20 avril 2012

Les années douces de Taniguchi et Kawakami - Tomes 1 et 2

Tsukiko, trentenaire, vit seule lorsqu'elle rencontre un de ses anciens professeurs, plus âgé, dans l'habituel troquet qu'elle fréquente après son travail. S'ensuit une suite de rencontres et rendez-vous plus ou moins voulus, entre Tsukiko et celui qu'elle appelle le Maître, qui vont donner naissance à une affection profonde et sincère.

Quel plaisir de retrouver Tsukiko et son Maître, cette fois-ci dans un manga en deux tomes ! L'adaptation est fidèle et les chapitres correspondent à ceux du roman, c'est-à-dire un chapitre par rencontre ou promenade avec le Maître (excepté les deux derniers qui sont adaptés d'une courte et très jolie histoire d'Hiromi Kawakami publiée séparément, mais avec les mêmes personnages). On retrouve les mêmes situations et certains dialogues, accompagnés cette fois-ci des attitudes physiques des personnages, notamment des réactions du visage que le mangaka a su rendre très réalistes. J'ai d'ailleurs beaucoup aimé le trait, fin et élégant, de Taniguchi qui illustre à merveille l'atmosphère que j'avais ressenti en lisant le roman : un sentiment épuré, simple, pudique, une douce et délicate mélancolie. J'ai beaucoup aimé voyagé dans le Japon d'Hiromi Kawakami, dessiné par Taniguchi, entre les repas dans les bars (toutes ces spécialités me donnent très envie) où le saké coule à flot et, les promenades à la fête des cerisiers ou en forêt pour la cueillette des champignons. Ce très beau manga m'a donné envie de replonger dans le roman !

Quelques images pour mieux se faire une idée :





Avec ce manga, je participe au challenge Dragon 2012 de Catherine !


jeudi 5 avril 2012

Manazuru d'Hiromi Kawakami

Sur un coup de tête, Kei décide de se rendre à Manazuru, petite station balnéaire. Son mari, Rei, a disparu depuis dix ans sans qu'elle sache s'il est mort ou vivant. Kei vit avec sa fille Momo et sa mère, et entretient une relation avec Seiji, un homme marié. Se retrouver seule au bord de l'eau à Manazuru va être l'occasion de revenir sur sa vie passée avec Rei pour tenter de découvrir la vérité qui se cache en elle. L'occasion enfin d'aller de l'avant.

J'ai tout d'abord été surprise par les éléments fantastiques, surnaturels qui parcourent le récit. En effet, Kei n'est pas une femme tout à fait comme les autres : elle est parfois suivie par des ombres, elle ressent des présences et voit des choses que les autres ne voient pas. Elle n'a jamais parlé à personne de ce phénomène. A Manazuru, c'est une ombre, qui se révèle être une femme, qui la suit et qui avoue connaitre Rei, son mari. Celle-ci va pousser Kei à repenser à Rei, à chercher dans ses souvenirs, à relire le journal intime de son mari pour y trouver une raison à son départ. Et sur son journal, apparaît le nom de Manazuru... Peut-être est-ce pourquoi Kei se sent attirée par cette ville au point d'y retourner plusieurs fois, seule ou avec sa fille.

Aller à Manazuru, c'est aussi l'occasion pour Kei de revenir sur la relation compliquée avec sa fille arrivée à un âge où elle se pose des questions sur son père. Kei voit avec douleur sa fille s'éloigner d'elle sans qu'elle puisse y faire grand-chose. Elle voit également sa propre mère vieillir et prend conscience qu'elle n'est pas éternelle. Enfin, elle s'interroge sur sa relation avec Seiji, cet homme marié et père de trois enfants, relation qui dure depuis des années, bien plus finalement que son propre mariage avec Rei.

Comme dans les deux autres romans d'Hiromi Kawakami (Les années douces ; La brocante Nakano), il y a très peu de rebondissements dans cette intrigue, mais beaucoup d'introspection. L'accent n'est pas du tout mis sur l'action, mais sur l'état d'esprit de Kei, sur ses questionnements, ses doutes, ses souvenirs, ses visions, ses sentiments... Le tout avec toujours une belle écriture empreinte de poésie que l'auteure manie à merveille, et à laquelle la traductrice, Elisabeth Suetsugu rend hommage. Au final, j'ai beaucoup aimé ce roman où se mêlent tristesse, mélancolie et espoir, saupoudrés de quelques éléments extraordinaires.

Un extrait : 

Mon mari souhait-il mourir ? 
Ou bien a-t-il disparu parce qu'il voulait vivre ?
A moins que... Après tout, vivre ou mourir étaient peut-être des choses qui n'entraient pas dans sa réflexion, qui sait ? Les arbres sont devenus clairsemés, le chemin s'est élargi. La route aboutissait à un rond-point. Un autobus était arrêté au terminus, j'étais certaine que c'était celui qui m'avait dépassée tout à l'heure. Le chauffeur n'était pas dedans. La porte était ouverte.
Soudain, le ciel s'est élargi. La mer était juste en bas. La crête des vagues se défaisait dans une écume blanche. Je suis restée un moment à regarder, et j'ai vu des gens descendre vers les vagues qui se brisaient contre les rochers, le long de la pente sinueuse. Ils n'étaient pas plus grands que mon doigt.
En sautant d'ici, la mort serait instantanée. A peine cette idée m'était-elle venue à l'esprit que je m'en suis presque mordu les lèvres. Mourir tout de suite... Non que l'expression soit blasphématoire en elle-même, mais je me suis sentie sans force, comme engourdie de cette mollesse qui précède la fièvre. La mort n'était pas si loin que je puisse me jouer d'elle. Elle n'avait pas d'urgence, et pourtant...


Deuxième participation au challenge de Catherine !


mardi 30 août 2011

La brocante Nakano de Kawakami Hiromi

Mademoiselle Hitomi Suganuma travaille à la brocante Nakano, du nom de son propriétaire, un homme âgé et séducteur qui remplit sa boutique de tout un bric-à-brac d'objets, mais d'aucune antiquité. Avec elle, travaille Takeo et, de temps en temps, Masayo, la soeur de M. Takano leur vient en aide. Au fil des saisons, les récupérations d'objets se succèdent et les clients, tous plus ou moins insolites, défilent.

Chaque chapitre tourne autour d'un objet ou d'un client : objet maudit, client très porté sur le sexe, tous donnent lieu à des situations inédites. Derrière ces petites scènes, Kawakami Hiromi nous donne à voir l'évolution des relations entre les personnages principaux dans leurs dialogues et leurs actes. Les relations amoureuses sont à l'honneur : celle balbutiante d'Hitomi et Takeo, celles de M. Nakano qui a femme et maitresses, et celle de Masayo sa sœur.

Je n'ai pas entièrement retrouvé le charme des Années douces de Kawakami Hiromi, que j'avais vraiment aimé. Les situations, les lieux m'ont moins touchés, la beauté du Japon (je pense à la Fête des Fleurs) y est moins présente, même si j'ai apprécié les scènes de repas. Il y a beaucoup de bavardages dans ce roman très doux, et peu d'action. Cependant, certains personnages sont touchants ou m'ont fait sourire. La lecture est plaisante même si ce n'est pas vraiment un roman que l'on lit sans pouvoir s'arrêter, et qu'au contraire, chaque chapitre peut se lire séparément.

Extrait : 

Brusquement, il m'a enlacée. Non seulement la pluie me dégoulinait dans le dos, mais Takeo me couvrait de son corps ruisselant, j'étais trempée. Il me serrait très fort. J'ai répondu à son étreinte. J'ai pensé que ce que je ressentais pour lui à cet instant était terriblement différent de ce qu'il éprouvait pour moi. L'idée de ce décalage m'a donné le vertige.