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lundi 25 novembre 2013

Le passage de la nuit / Haruki Murakami

Tokyo, 23H56. Mari, 19 ans, seule dans un restaurant Denny's, est plongée dans un livre. Elle est interrompue par un joueur de trombone, ancien ami de sa sœur Éri, qui s'installe à sa table et commence à discuter.  Au fil de la nuit, alors que Mari se retrouve embarquée dans l'histoire d'une prostituée battue par un client, d'étranges événements surviennent dans la chambre d'Éri, plongée dans un profond sommeil. La télévision, débranchée, se met en route, et un homme apparaît sur l'écran pour observer la jeune femme endormie... 

Haruki Murakami a le don d'injecter de l'étrangeté, par petites touches, dans des événements banals de la vie quotidienne.  Éri dort dans sa chambre, et avant même que sa télévision s'allume toute seule, on sait déjà qu'il y a quelque chose de bizarre : À force d'observer Éri Assaï, l’œil sent progressivement qu'il y a quelque chose d'inhabituel dans ce sommeil, d'une pureté extrême, d'un accomplissement absolu. Pas un muscle du visage, pas un cil ne frémit. Le cou fin et blanc, un objet d'art d'où émane une parfaite sérénité. Le menton, petit, présente des angles tout à fait harmonieux. Même dans un état de sommeil profond, personne ne s'aventure aussi loin. Personne ne lâche à ce point les rênes de son esprit.

C'est dans sa façon d'écrire que Murakami transmet le plus cette étrangeté. Au début, j'ai été un peu déroutée, car j'avais parfois l'impression de lire des didascalies, vous savez, ces indications sur le décor, le jeu des acteurs etc. que l'on trouve dans une pièce de théâtre ou un scénario de film. Le narrateur est un œil qui observe et décrit les scènes, sans pouvoir intervenir, et qui agit comme une caméra, passant d'un plan large sur la ville à un zoom sur Éri Assai. Et on devient alors, comme le narrateur, une sorte de voyeur qui entre dans l'intimité des personnages, une présence qui plane au-dessus d'eux.

Malheureusement, je n'ai pas accroché au roman. Si le début m'avait intriguée et emballée, j'ai trouvé que la suite ne tenait pas ses promesses, qu'il y avait beaucoup de questions, mais trop peu de réponses. Murakami livre plusieurs intrigues, amoureuse ou fantastique, mais elles restent irrésolues, inachevées, en suspens. Alors si j'ai aimé l'atmosphère étrange de Tokyo la nuit et l'écriture particulière de Murakami, empreinte de cinéma, je reste sur ma faim en refermant ce roman.


jeudi 15 mars 2012

Après le tremblement de terre d'Haruki Murakami

Recueil de nouvelles, Après le tremblement de terre s'attache à raconter les réactions de Japonais suite au terrible tremblement de terre survenu en 1995 à Kobe. Les personnages imaginés par Haruki Murakami, femmes, hommes, de tous âges et conditions, ont chacun une façon bien particulière de réagir : certains quittent leurs proches pour une nouvelle vie, d'autres se rapprochent et se lient. D'autres enfin acceptent leur passé et avancent dans leur vie. 

C'est toujours avec une plume délicate et contemporaine qu'Haruki Murakami nous plonge dans ces récits. Il manie avec talent le quotidien banal et routinier d'un Japonais vivant à notre époque, à l'étrange et l'absurdité de situations totalement burlesques. Ainsi dans Crapaudin sauve Tokyo, Katagiri, qui se décrit comme une "homme on ne peut plus ordinaire. Plus ordinaire que la moyenne, même", rencontre une énorme grenouille, de deux mètres de haut, qui parle et qui lui demande son aide pour aller battre Lelombric, un ver géant vivant sous terre, responsable des tremblements de terre. Le plus souvent, l'étrangeté des situations est plus subtile et passe par des personnages qui "savent" et qui aident les personnages à se retrouver (une vieille voyante, un guide, un artiste..) et par des rêves ou cauchemars récurrents.

Dans ce recueil, aucun texte ne se ressemble :

Un ovni a atteri à Kushiro raconte l'histoire de Komura, quitté par sa femme suite au tremblement de terre, et chargé par un collègue de bureau de transporter une mystérieuse boite.

Paysage avec fer :  trois amis se retrouvent devant un feu de camp sur la plage. Comment se sont-ils rencontrés ? Pourquoi une telle obsession pour les feux de camp ?

Tous les enfants de Dieu savent danser : Yoshiya croit reconnaître son père, qui a abandonné sa mère avant sa naissance, dans le métro et décide de le suivre.

Thaïlande : Satsuki, docteure spécialiste de la thyroïde, décide de passer quelques jours en Thaïlande et rencontre Namit qui va la guider bien plus loin qu'elle n'imaginait.

Galette au miel est ma nouvelle préférée. Il s'agit d'une belle histoire d'un triangle amoureux entre trois amis d'enfance, deux hommes et une femme, réunis autour d'une petite fille espiègle.

Mon avis général sur ces nouvelles est mitigé. J'apprécie toujours autant l'écriture de Murakami, les thèmes qu'il aborde, et ce mélange de réel et fantastique. Ici, en plus, le sujet est fort et ne manque pas d'actualité : après le tremblement de terre, tous ces personnages se remettent en question et cherchent comment changer leur vie. Mais certaines nouvelles m'ont semblé ne pas avoir de fin : tout commence bien, l'intrigue est intéressante, et à la fin, déception, il ne se passe rien et rien n'est vraiment fini. Parfois, je n'ai pas su où l'auteur voulait en venir. Est-ce le genre particulier de la nouvelle qui m'a donné cet arrière-goût d'inachevé ? En tout cas, cela ne m'empêchera pas de revenir aux romans d'Haruki Murakami qui m'attendent sur mes étagères !

Extraits :

C'est alors, à la vue des flammes dans la nuit, que Junko ressentit soudain quelque chose. Quelque chose de profond. Une sorte de bloc d'émotion, aurait-on pu dire, car c'était trop vivant, cela avait un poids trop réel pour être simplement appelé une idée. Cela disparut aussitôt, laissant une sensation étrange qui lui serrait le cœur, comme un souvenir nostalgique, après avoir parcouru tout son corps. Cela lui donna la chair de poule sur les bras, pendant un bon moment. Paysage de fer

Je crois que c'est parce qu'elle a trop regardé les informations. Les images du tremblement de terre de Kobe sont sans doute trop impressionnantes pour une petite fille de quatre ans. C'est depuis le tremblement de terre qu'elle se réveille toutes les nuits. Elle dit que c'est un vilain monsieur qu'elle ne connaît pas qui vient la réveiller. Elle l'appelle "le Bonhomme Tremblement de terre". Il la réveille pour la faire rentrer de force dans une petite boîte. Une boîte qui n'est pas du tout de taille à contenir un être humain. Elle se débat pour ne pas y entrer, mais il la tire par la main et la plie en quatre en faisant craquer ses articulations pour la mettre de force dedans. C'est à ce moment-là qu'elle se réveille en hurlant. Galette au miel

Avec ce titre, je participe pour la première fois au Challenge Dragon 2012 de Catherine !

lundi 31 octobre 2011

1Q84, Livre 1 : Avril-Juin de Haruki Murakami

1Q84 est l'histoire de deux personnages, Tengo et Aomamé, vivant tous deux au Japon en 1984. Tengo est un professeur de mathématiques et écrivain à ses heures perdues bien qu'il n'ait encore jamais publié. Komatsu, éditeur d'une célèbre revue, lui demande de réécrire La Chrysalide de l'air, l'œuvre de Fukaéri, une jeune lycéenne dyslexique, afin qu'elle soit présentée au prix des Jeunes Auteurs. Tengo émet d'abord des doutes quant à la moralité de cette idée. Mais après avoir lu le manuscrit, il est complètement submergé par le potentiel du texte et accepte de le remanier. Tengo rencontre Fukaéri et découvre alors l'existence d'une secte religieuse, les Précurseurs, dont Fukaéri semble s'être échappée. 
Aomamé, quant à elle, est une belle jeune femme de 29 ans, qui exerce le métier de professeur de sport et... de tueuse à gages. Elle est recrutée par une vieille femme riche qui a créé un refuge pour femmes battues et maltraitées. Lorsque la justice est incapable d'aider ces femmes, la vieille femme fait appel à Aomamé et son pic à glace. Un jour, Aomamé remarque des choses étonnantes : les uniformes et armes des policiers ont changé suite à de violentes émeutes dont elle n'avait jamais entendu parler alors qu'elle suit la presse régulièrement et tout le monde semble au courant, sauf elle ! Quand une deuxième lune apparaît dans le ciel sans étonner le moins du monde les gens qui l'entourent, Aomamé comprend qu'elle vit à présent dans un monde parallèle, l'année 1Q84, et qu'elle est la seule à se souvenir du monde originel, l'année 1984.
Petit à petit, on découvre des liens entre Tengo et Aomané, et leurs histoires respectives. Tout semble tourner autour de la Secte des Précurseurs et des Little people, dont Haruki Murakami se plaît à garder le mystère.

Mon avis :  

L'histoire est un peu longue à a se mettre en place, car, avec ce premier tome, Murakami présente le contexte : les personnages et leur passé, la secte des Précurseurs et son origine. Ce qui donne d'assez longs passages de dialogues ou de récits personnels, et peu d'action. Mais Murakami a le don d'éveiller l'intérêt du lecteur dans son récit. Petit à petit, l'auteur glisse des éléments fantastiques, qui viennent perturber le lecteur et le garder attentif et actif :  je n'ai cessé de m'interroger, de chercher à relier tel passage à tel passage, de relier Tengo à Aomamé. L'histoire n'en devient que plus captivante et  Murakami excelle dans l'introduction du fantastique, du "bizarre" à petites touches insidieuses.

Les thèmes évoqués sont divers et variés : les sectes religieuses, l'Histoire, les relations familiales, la violence envers les femmes, la sexualité mais aussi l'écriture. Les personnages, bien qu'au premier abord un peu froids, deviennent attachants au fil des flashbacks du récit. Ils ont en tout cas une personnalité très riche et une histoire hors du commun.
1Q84 fait référence au roman 1984, fameuse dystopie de George Orwell : en effet, les protagonistes de 1984 vivent dans une année "imaginaire", inventée par Orwell, tandis qu'Aomamé se retrouve dans un monde parallèle, le monde 1Q84.

Dans le tome 1 de 1Q84, les éléments de l'intrigue (complexe) se mettent en place : c'est le premier tome d'une trilogie, le tome 2 est déjà en librairie et le tome 3 sortira en mars 2012. On se pose donc beaucoup de questions en lisant, et on obtient peu de réponses à la fin de ce tome. Une fois le livre terminé, on a qu'une seule envie : courir en librairie acheter le tome 2 !

Un extrait :

1Q84 - voilà comment je vais appeler ce nouveau monde, décida Aomamé. 
Q, c'est la lettre initiale du mot Question. Le signe de quelque chose qui est chargé d'interrogations. [...]
Que cela me plaise ou non, je me trouve à présent dans l'année 1Q84. L'année 1984 que je connaissais n'existe plus nulle part. Je suis maintenant en 1Q84. L'air a changé, le paysage a changé. Il  faut que je m'acclimate le mieux possible à ce monde lourd d'interrogations. Comme un animal lâché dans une forêt inconnue. Pour survivre et assurer ma sauvegarde, je dois en comprendre au plus tôt les règles et m'y adapter.


Ceci est ma participation aux Matchs de la rentrée littéraire : merci à Rémi Gonseau de PriceMinister et aux éditions Belfond pour l'envoi du livre !

Challenge de Hérisson !